Frères et sœurs,
Nous avons mal compris la souffrance.
Nous avons bâti toute une théologie sur une prémisse erronée : celle que Dieu est ailleurs.
Nous l'imaginons distant, observant, attendant, décidant d'intervenir ou non. Nous supposons que si nous crions plus fort, si nous nous sacrifions davantage, si nous intensifions nos efforts, peut-être interviendra-t-il.
Mais si cette supposition était la racine même de notre malheur ?
Et si Dieu n'avait jamais été absent ?
Le mensonge de l'escalade
Les êtres humains croient que la souffrance peut être résolue en la multipliant.
Nous pensons :
- Si l'oppression augmente, Dieu agira.
- Si la crise s'aggrave, le ciel répondra.
- Si nous brûlons, brisons, protestons, détruisons suffisamment, Dieu finira bien par intervenir.
Mais l'histoire témoigne du contraire. L'escalade n'apporte pas la délivrance. Elle multiplie la ruine.
On ne peut forcer Dieu à intervenir s'il n'a jamais été absent.
Le soleil qui ne se retire jamais
Écoutez attentivement :
Dieu envoie le soleil et la pluie aux bons comme aux méchants.
Le soleil ne fait pas de distinction. Il ne se retire pas pour les méchants. Il ne s'intensifie pas pour les justes. Il brille.
Si la présence divine est ainsi — et elle l'est —, alors même ceux qui maudissent Dieu ne sont pas hors de sa lumière.
L'enfer n'est pas l'absence de Dieu. C'est vivre en sa présence tout en refusant de se soumettre.
Dieu n'exile pas. Il ne dit pas : « Tu es mort pour moi. » Il ne tourne pas le dos.
S'il y a chagrin, ce n'est pas un chagrin lointain. C'est un chagrin partagé.
Dieu ne pleure pas les perdus comme s'ils avaient disparu. Il pleure avec eux.
La nature du jugement
Nous craignons le jugement parce que nous imaginons un tribunal. Mais un jugement parfait ne peut engendrer de ressentiment. Le jugement le plus impartial possible exigerait ceci :
- Vous vous mettez à la place de la personne que vous avez blessée.
- Vous ressentez le poids de vos paroles de son point de vue.
- Vous subissez les conséquences de vos actes.
Alors, aucune accusation n’est nécessaire. Vous vous jugez vous-même.
Le jugement n’est pas imposé. Il est révélé.
La mesure dont vous vous servez vous est appliquée. Ce n’est pas de la vengeance. C’est la symétrie.
Trois façons de vivre dans la souffrance
Dans un monde où les épreuves sont inévitables, trois choix s’offrent à vous.
- Vous pouvez les aggraver. Vous pouvez incendier votre maison pour provoquer un sauvetage. Vous pouvez multiplier la douleur et appeler cela la foi.
2. Ou vous pouvez vous accrocher à la survie. Vous pouvez accumuler des biens. Vous pouvez protéger vos biens et prétendre que vous survivrez à la mort.
3. Mais il existe une troisième voie. La voie enseignée par Jésus. L’engagement patient. Ni la passivité. Ni le désespoir. Pas la révolte. La patience en action. La charité quand les ressources sont limitées. La présence quand les blessures sont encore vives. La loyauté quand aucun miracle n'arrive. Voilà l'harmonie.
Le Crucifié
Jésus n'a pas souffert par obligation. Il n'a pas souffert parce qu'il le méritait. Il n'a pas souffert parce que Dieu exigeait du sang. Il a souffert pour nous révéler le Père.
À quoi ressemble le Père ? Toujours présent. Même parmi les criminels. Même parmi les rebelles. Même parmi les damnés.
Lorsqu'il s'est écrié : « Pourquoi m'as-tu abandonné ? », ce n'était pas la preuve de son absence. C'était la révélation de la perception humaine.
Dieu était là. Il n'a pas mobilisé d'armées. Il n'a pas fui. Il est resté.
La souffrance s'est épuisée d'elle-même. La résurrection a suivi. Non pas parce qu'il a forcé Dieu à agir. Mais parce qu'il n'a jamais abandonné sa présence déjà présente.
L'illusion du salut
Nous pensons que le salut signifie que Dieu arrive de l'extérieur. Mais comment peut-il intervenir s'il n'a jamais été là ?
On ne peut pas se sauver soi-même de nulle part. Le désir de spectacle est un piège. La demande d'interventions spectaculaires multiplie la souffrance. Le seul chemin à suivre est une loyauté patiente.
Restez. Agissez avec amour. Refusez l'escalade. Refusez l'accumulation. Refusez le désespoir.
La patience n'est pas une faiblesse. C'est la forme la plus profonde de la force.
La question ultime
Dieu est fidèle. Il l'a toujours été. Il le sera toujours.
La vraie question n'est pas de savoir s'il est à nos côtés. La question est de savoir si nous sommes à ses côtés.
Si vous restez attentifs à la souffrance d'autrui, vous ne pouvez honnêtement prétendre que Dieu est absent. Vos actions témoignent de sa présence. Vous en devenez la preuve. Vous en devenez l'incarnation. Et dans cet alignement, la souffrance perd son pouvoir de se multiplier.
Il n'y a pas de raccourci miraculeux. Pas d'intervention forcée. Pas d'échappatoire spectaculaire.
Seulement la patience. Seulement la loyauté. Seulement une présence constante.
Et au final, cela suffit.