Je ne défends pas l'authenticité historique du récit du Miʿrāj en lui-même. Personnellement, je considère ces récits comme de puissantes constructions littéraires porteuses de vérités symboliques et psychologiques, plutôt que comme des comptes rendus historiques littéraux. Et pourtant, c'est précisément pour cette raison que l'histoire de l'ascension céleste acquiert une valeur inestimable.
Dans l’Évangile selon Matthieu 7,21, Jésus-Christ prononce une déclaration saisissante et troublante :
« Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : “Seigneur, Seigneur !” qui entreront dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.»
Les débats entre chrétiens et musulmans se présentent souvent comme de sérieuses recherches de la vérité. En réalité, nombre d'entre eux s'effondrent sous le poids de leurs contradictions internes. Ce qui apparaît comme un affrontement de doctrines est plus souvent un échange ritualisé d'arguments – se renforçant mutuellement, logiquement incohérents et, au final, sans menace pour les convictions profondes de chaque camp.
La contradiction musulmane : corruption et preuve simultanées
Considérons l'une des affirmations polémiques musulmanes les plus courantes :
1. L'Évangile est véritablement axé sur les résultats (et c'est intentionnel)
La parabole des ouvriers payés le même salaire n'est pas une jolie fable morale ; c'est une critique délibérée du système fondé sur le mérite. Jésus ne cherche pas à corriger une injustice économique, il remet en question le calcul moral.
Si le système était fondé sur le mérite, les premiers ouvriers auraient objectivement raison. Ils ont travaillé davantage. Ils ont enduré plus d'efforts. Ils ont forcément gagné plus.
Dans les récits évangéliques de la multiplication des pains, un phénomène subtilement troublant se produit dans les calculs habituels. Cinq pains nourrissent cinq mille personnes ; sept pains, quatre mille. La juxtaposition de ces deux événements fait apparaître un paradoxe : moins de pains signifient plus de personnes nourries. Le pain ne se comporte pas selon la logique de l’accumulation, où une plus grande quantité garantit une plus grande abondance.
Les affirmations de grandeur de Jésus (par exemple, être assis à la droite de Dieu, être « plus grand que Jonas », « plus grand que Salomon » et « plus grand que le Temple ») n’expriment ni auto-exaltation ni mégalomanie. Elles ne sont cohérentes que si on les lit à la lumière de sa propre définition inversée de la grandeur : le service, l’abnégation et l’humilité.
Objection 1 : Toute prétention humaine à une grandeur suprême est intrinsèquement mégalomaniaque
On nous a enseigné – presque instinctivement – que la vie chrétienne est un chemin de croissance spirituelle. Nous nous imaginons gravir les échelons : de la faiblesse à la force, de l’ignorance à la compréhension, de la dépendance à la compétence. Nous parlons de devenir des « croyants plus forts », des « chrétiens mûrs », des « spirituellement riches ». Nous supposons que Dieu agit plus librement en ceux qui ont progressé sur ce chemin.
Et pourtant, Jésus dit quelque chose qui remet en question toute cette vision :
La connaissance empirique par la participation (Luc 10)
(Évangile selon Luc 10,1-24)
1. Le contexte est mission, non abstraction
L'erreur fondamentale de nombreuses interprétations est de considérer Luc 10,21-22 comme une affirmation métaphysique intemporelle, détachée des événements. Or, Luc l'ancre soigneusement dans l'expérience.
Tout commence avec la mission des soixante-douze.
Cette mission n'est pas une expérience ; elle est une reproduction de la manière d'être de Jésus.