La réponse courte est non.
Mais la raison est bien plus profonde qu'une simple volonté d'éviter ou de juger. Elle réside dans la nature même de ce que signifiait la « résurrection » dans le cas de Jésus-Christ.
La plupart des gens imaginent la résurrection comme une sorte de réanimation : Jésus, après avoir été crucifié, mort et partiellement décomposé, aurait soudainement repris vie, conservant tous les souvenirs de ses souffrances. Dans cette hypothèse, on pourrait naturellement s'attendre à ce qu'il revienne triomphalement vers ceux qui l'ont condamné — Pilate, Caïphe ou le Sanhédrin — pour leur prouver qu'ils avaient tort.
Pourtant, la résurrection de Jésus n'était pas une continuation zombie de la vie biologique après la mort. C'était, comme le dit l'Écriture, l'œuvre de Dieu le Père, un renversement divin, une restauration de la causalité elle-même. Jésus n'a pas simplement été ramené à la vie ; il a été relocalisé par le Père dans une nouvelle ligne temporelle d'existence, une sphère de réalité où la crucifixion avait été surmontée, et non simplement survécue.
C'est pourquoi, lorsqu'il s'est réveillé, ce n'était pas dans le tombeau, mais dans le jardin, le même jardin de Gethsémani où il avait prié : « Que ta volonté soit faite, et non la mienne. » C'était comme si une seconde seulement s'était écoulée. Il voyait encore les traces de l'agonie sur le sol, mais il ne portait aucune blessure sur son corps, n'avait aucun souvenir de la douleur, aucune conscience d'avoir comparu devant Pilate ou le grand prêtre. L'acte du Père l'avait ramené juste au-delà de l'abandon, et non au-delà de la souffrance.
Dans cette nouvelle causalité, Jésus n'aurait eu aucune raison d'apparaître devant ceux qui l'avaient jugé ou crucifié, car il ne les avait pas rencontrés, au sens propre du terme. Qu'aurait-il dit : « Vous ne m'avez pas tué, après tout » ? Cela n'aurait servi ni la vérité ni le salut. Sa tâche après la résurrection n'était pas de se justifier devant les méchants, mais d'achever l'instruction de ceux qui témoigneraient de la miséricorde divine et de la nouvelle création.
Notez également que, dans tous les récits évangéliques, Jésus ressuscité ne parle jamais directement de l'expérience de la crucifixion comme d'un souvenir. Il y fait référence uniquement comme à une nécessité : « Il fallait que le Christ souffrît et qu'il entrât dans sa gloire. » Ce langage montre un détachement : il reconnaît le fait historique, mais pas comme un événement vécu dans sa conscience actuelle.
Ainsi, les témoins historiques ont vu Jésus crucifié et mort ; leur témoignage reste vrai. Mais dans la réalité objective après la résurrection, cette histoire a été transcendée. Ce qui leur apparaissait comme une mort définitive était, dans l'ordre supérieur de la causalité divine, déjà annulé.
Il s'ensuit donc que Pilate et Caïphe n'ont pas vu et ne pouvaient pas voir le Christ ressuscité. Leur rôle dans l'histoire est resté scellé dans la chronologie qui s'est terminée à la croix. Jésus n'avait aucun différend avec eux dans l'ordre des choses rétabli, ni aucune raison de réapparaître simplement pour prouver qu'ils avaient tort. La résurrection n'était pas une vengeance, mais une transformation. Ceux qui recherchaient le pouvoir et le jugement n'avaient aucune part dans ce monde ; ceux qui recherchaient la vérité et le pardon en avaient une.