Nombreux sont ceux qui imaginent la révélation divine comme si des vérités étaient périodiquement déversées dans le monde depuis un royaume métaphysique étranger, comme si le Ciel importait des concepts entièrement nouveaux dans l'histoire humaine. Les Écritures sont alors perçues presque comme un colis surnaturel venu d'ailleurs.
Mais cette image est profondément trompeuse.
L'univers fonctionne comme un système clos de ressources. Rien de ce qui a servi à la construction du monde physique ne provient de l'« extérieur » à la création après le commencement de celle-ci. Chaque temple jamais construit l'a été à partir de matériaux déjà présents dans cet univers. Pierre, bois, métaux, atomes, carbone, molécules – tout était déjà intégré à la création dès l'origine.
Même lorsque l'humanité découvre de nouveaux éléments, invente de nouvelles technologies ou crée des structures étonnantes, elle n'importe pas de substances étrangères dans la réalité. Elle révèle des combinaisons, des potentiels et des applications qui étaient déjà cachés dans l'ordre créé depuis le début.
Le même principe s'applique à la révélation divine.
L'analogie du temple
Aucun temple dédié à Dieu n'a jamais été construit à partir de matériaux provenant de l'extérieur de l'univers. Même le « nouveau temple » dont parle Jésus-Christ était son corps humain physique lorsqu'il vivait sur Terre. Et après son départ, le corps du croyant devient le temple par la présence du Saint-Esprit.
Pourtant, même ce temple demeure physique. Il est toujours construit de matière terrestre : chair, sang, atomes, carbone, molécules. Rien d'étranger à la création n'y a été ajouté.
La révélation fonctionne de la même manière.
Les vérités que l'on trouve dans les Écritures ne sont pas des substances métaphysiques importées d'au-delà de la création. Ce sont des vérités déjà inscrites dans la structure même de la réalité, attendant d'être découvertes, rassemblées, reconnues et harmonieusement alignées.
La vérité comme potentiel inné
Chaque doctrine possible, chaque formulation religieuse possible, chaque interprétation possible existait déjà comme potentiel au sein de l'ordre créé depuis le commencement.
Cela ne signifie pas que toutes les doctrines sont vraies.
De même qu'un tas de pierres ne devient pas automatiquement un temple, un ensemble d'idées ne devient pas automatiquement la vérité. Les éléments peuvent exister, mais leur agencement importe. Leur cohérence importe. Leur alignement avec la réalité importe.
Un temple s'effondre si ses matériaux sont assemblés contre les lois de la physique.
De même, une doctrine s'effondre lorsque des idées sont assemblées à l'encontre de la structure profonde de la vérité.
La tâche de la révélation n'est donc pas d'injecter des concepts étrangers à l'humanité, mais de dévoiler et d'agencer correctement les réalités déjà latentes au sein de la création.
Pourquoi la prophétie existe-t-elle ?
Cette perspective explique également la prophétie.
La venue de Jésus-Christ n'est pas apparue comme une interruption fortuite venue de l'extérieur de l'histoire. Son apparition était déjà « intégrée » à la structure du monde dès l'origine. C'est précisément pourquoi des schémas prophétiques ont pu émerger des siècles auparavant.
La révélation se déploie progressivement car la réalité elle-même en contient déjà le plan.
L'histoire n'est pas une improvisation. Elle est une révélation.
Le malentendu concernant les « idées empruntées »
Ceci dissipe également nombre d'objections simplistes formulées à l'encontre des Écritures.
On fait souvent remarquer que certains thèmes existaient dans des religions antérieures au christianisme, ou que certains récits du Coran ressemblent à des éléments de la littérature apocryphe ou du folklore ancien. On en conclut que la révélation ne peut être qu'un plagiat ou un emprunt humain.
Or, cette objection présuppose que la révélation ne peut s'opérer qu'à travers des éléments totalement inédits.
Pourquoi cela serait-il nécessaire ?
Une matière première ne devient pas fausse simplement parce que des humains l'ont mal utilisée auparavant.
Un bloc de pierre mal employé par un bâtisseur peut devenir, entre les mains d'un autre, un élément d'un temple magnifique. Le mauvais usage antérieur de ce matériau n'invalide pas son utilisation ultérieure appropriée.
Il en va de même pour les idées.
Les récits apocryphes sont peut-être des fictions humaines. Les mythes anciens peuvent effectivement contenir des distorsions. Les religions antérieures peuvent effectivement contenir des fragments confus. Pourtant, ces fragments appartiennent toujours à l'ordre créé par Dieu. Elles demeurent une partie de la « matière » disponible dans le monde humain.
Dieu n'est pas menacé par la matière brute. Il l'a lui-même créée et agencée.
Il peut permettre l'existence de fragments, de symboles, d'archétypes, d'histoires inachevées, d'intuitions partielles, voire de traditions déformées, précisément parce qu'ils pourront plus tard servir un dessein plus grand au sein de la révélation qui se déploie.
La matière en elle-même n'est pas la révélation.
C'est son agencement final au sein de la structure cohérente qui l'est.
La révélation comme agencement parfait
Le véritable miracle de la révélation n'est donc pas l'apparition d'idées totalement étrangères descendant d'une autre dimension.
Le miracle est l'agencement parfait de ce qui existait déjà.
De même que la création elle-même a émergé d'un ordre divin plutôt que d'un chaos aléatoire, la révélation émerge de l'agencement divin des vérités, des symboles, des histoires, des prophéties, des expériences humaines, et même des traditions imparfaites, en une structure cohérente qui pointe vers la vérité ultime.
Rien ne vient de l'extérieur de la création, car la création elle-même contient déjà le champ complet des possibles établi par Dieu dès le commencement.
L'humanité ne crée pas la vérité.
L'humanité le découvre, l'utilise à mauvais escient, le réorganise, le déforme, le redécouvre et parfois — guidée par une intervention divine — finit par l'assembler correctement.