Il est essentiel de bien comprendre une distinction importante lorsqu'on parle de confiance en Dieu, de prière, d'action humaine et de protection contre le mal. On peut prier Dieu pour obtenir de la nourriture, la sécurité, la guérison et être délivré du danger ; pourtant, cette prière n'exige pas de rester inactif, comme si la providence divine excluait l'usage du corps, de l'esprit et du monde créé. Au contraire, les moyens ordinaires par lesquels on obtient nourriture, sécurité et santé font partie intégrante de l'ordre par lequel Dieu agit. Dieu a donné à l'homme des bras pour travailler, l'intelligence pour planifier, des mains pour construire et un monde contenant la terre, les semences, les outils, les médicaments, un abri et tous les matériaux nécessaires à la vie humaine. Prier pour avoir du pain tout en refusant de travailler là où c'est possible ne serait pas faire preuve d'une foi supérieure. Ce serait refuser de participer au système même par lequel Dieu pourvoit habituellement à nos besoins.
Il en va de même pour la protection. Celui qui prie Dieu pour être protégé d'une épée n'abandonne pas pour autant le bouclier. Le bouclier n'est pas un rival de Dieu. C'est un instrument matériel dont la finalité relève ouvertement de l'ordre physique. Son utilité découle de sa forme, de sa solidité et de sa capacité à arrêter ou à dévier un coup. De même, celui qui prie pour être protégé des voleurs ne laisse pas ses portes ouvertes par confiance. Il les verrouille. La serrure n'est pas une expression de peur qui s'oppose à la prière ; c'est une participation raisonnable à l'ordre établi par Dieu. Une serrure ferme une porte, un mur limite l'accès, une lampe révèle ce qui est caché et une personne vigilante perçoit le danger. Rien de tout cela ne requiert un pouvoir occulte. Rien ne prétend gouverner des forces invisibles. Ce sont simplement des éléments du monde créé, mis entre les mains de l'homme.
La prière n'est donc pas opposée à l'usage des moyens ordinaires. La prière demande à Dieu le bien : nourriture, sécurité, guérison, sagesse, paix et protection. L'effort humain, les outils et la prudence sont souvent les moyens ordinaires par lesquels ce bien est atteint. On prie pour avoir à manger et on travaille ; on prie pour la santé et on se soigne ; on prie pour la sagesse et on étudie. Il prie pour sa sécurité, puis verrouille sa porte. Cet acte ne remplace pas Dieu. Il s'agit déjà d'une coopération avec la providence divine dans le monde visible. Les mains qui travaillent, l'esprit qui conçoit et les outils qui servent la vie humaine ne sont pas extérieurs à l'action divine. Ils font partie des moyens par lesquels la sollicitude divine se manifeste à travers les êtres humains.
Cependant, ce principe ne peut être étendu à tout ce qui se prétend moyen de protection. Il existe une différence fondamentale entre se protéger d'une épée avec un bouclier et se protéger du mauvais œil avec une amulette. Ces deux actions peuvent sembler superficiellement similaires, car elles impliquent toutes deux un objet porté ou utilisé pour se protéger. Mais leur signification et le pouvoir qu'on leur attribue sont fondamentalement différents. Un bouclier résiste à une épée grâce à un mécanisme physique ordinaire. Une serrure empêche un voleur d'entrer. La médecine agit sur le corps par des processus naturels. Ces choses appartiennent à l'ordre public et objectif de la réalité. Leur fonctionnement peut être compris sans faire appel à des forces spirituelles cachées, à des correspondances secrètes, à des manipulations symboliques ou à des pouvoirs invisibles qu'il faudrait contrôler d'une manière ou d'une autre.
Une amulette, en revanche, n'est généralement pas perçue comme agissant par un mécanisme physique visible. Son pouvoir supposé réside précisément dans sa connexion à une influence spirituelle cachée. On la porte car on croit qu'elle repousse une force invisible, annule une malédiction, éloigne l'envie, attire la chance ou crée une protection grâce à une correspondance invisible entre l'objet et le monde spirituel. Dans ce cas, l'objet n'est pas un simple outil pratique. Il devient un acteur du champ métaphysique même auprès duquel on prétend chercher protection. La personne craint une force cachée et tente alors de lui résister en accédant à une autre force cachée. Elle n'utilise pas simplement la création ; elle pénètre dans la logique symbolique et spirituelle de la sorcellerie.
C'est là que la limite doit être clairement tracée. Le problème n'est pas qu'une personne agisse plutôt que de simplement prier. Le problème n'est même pas qu'elle utilise un objet. La question est de savoir quel type d'action elle entreprend et quel type de causalité elle suppose. L'action appartient-elle à l'ordre créé et ordinaire du monde, ou prétend-elle agir par un pouvoir spirituel caché ? L'objet protège-t-il par sa nature et sa fonction physiques, ou bien par une force invisible qui lui serait propre ? La personne utilise-t-elle un moyen créé par Dieu et placé dans le monde, ou cherche-t-elle une autre technique spirituelle pour agir sur l'invisible ?
Un bouclier appartient à la création. Une amulette appartient à la sorcellerie. Un bouclier n'a aucune intention spirituelle propre, aucun message secret, aucun pouvoir caché, et ne prétend pas agir sur les âmes, les démons, les malédictions, le destin ou une hostilité invisible. Il est fait de bois, de métal, de cuir ou d'un autre matériau, agencé pour arrêter un coup. Son but est naturel et visible. Une amulette, en revanche, est prisée précisément parce qu'on lui attribue une signification cachée. On ne lui fait pas confiance pour son utilité matérielle, mais pour son efficacité spirituelle supposée. C'est pourquoi elle ne peut être considérée comme un simple outil. Sa signification même repose sur l'acceptation d'un système de pouvoir spirituel rival.
La règle juste n'est donc pas que tout danger spirituel exige une passivité totale dans le monde visible. Une personne peut assurément prendre des mesures pratiques et morales lorsqu'elle craint un préjudice spirituel. Il peut s'éloigner des mauvaises fréquentations, refuser de participer à des pratiques corrompues, détruire les objets liés à des croyances occultes (y compris les amulettes), éviter les lieux de tentation, se réconcilier avec ceux qu'il a offensés, solliciter les prières des personnes justes, se repentir, jeûner, veiller sur ses pensées et se tourner plus fermement vers Dieu. Ce sont là des actions extérieures, et non des contre-actions magiques. Elles ne visent pas à contrôler des forces invisibles. Elles expriment l'obéissance, la purification, le repentir et la confiance en Dieu.
Ainsi, face au danger matériel, il est juste d'y répondre par des moyens concrets tout en priant Dieu. On peut apaiser sa faim par le travail et la nourriture. On peut se protéger du froid par des vêtements et un abri. On peut soigner sa maladie par des médicaments et des soins. On peut contrer la violence par la légitime défense, la prudence et la protection. On peut se défendre contre le vol par des serrures, la vigilance et l'autorité légitime. Dans tous ces cas, on n'abandonne pas Dieu ; on reçoit la création comme un don et on l'utilise à bon escient.
Mais lorsque le danger est perçu comme relevant de l'ordre spirituel caché, il ne faut pas y répondre en s'y soumettant par des charmes, des talismans, des présages, des rituels, des contre-malédictions, la divination, des protections astrologiques ou des objets magiques. Prier Dieu pour être délivré de la sorcellerie tout en portant une amulette contre elle est contradictoire. C'est comme demander à Dieu de vous sauver d'une rivière tout en restant attaché à la pierre qui vous entraîne vers le fond. L'amulette ne se contente pas de manquer de foi ; elle accepte le langage spirituel même que la foi devrait rejeter.
Le croyant doit donc distinguer les moyens créés des moyens spirituels rivaux. Les moyens créés sont accessibles, corporels, pratiques et s'inscrivent dans l'ordre du monde. Les moyens spirituels rivaux prétendent offrir un accès caché à la protection, au pouvoir, au destin ou à l'influence, indépendamment de la confiance directe en Dieu. Les premiers peuvent être utilisés avec gratitude et prière. Les seconds doivent être rejetés, même s'ils promettent la sécurité. Car Dieu permet à l'homme d'utiliser la création, mais il ne l'appelle pas à pratiquer la sorcellerie. Il donne des mains pour le travail, un esprit pour la prudence, des biens matériels pour la protection courante et la prière pour chaque besoin. Mais il ne demande pas à l'homme de chercher protection auprès de pouvoirs occultes, de manipulations symboliques ou d'objets considérés comme des remparts spirituels en soi.
La serrure représente le monde de Dieu entre nos mains. Le bouclier représente le monde de Dieu entre nos mains. L'amulette représente le monde occulte entre nos mains. Telle est la limite. Nous pouvons coopérer avec Dieu à travers l'ordre créé et visible, mais nous ne devons pas chercher à coopérer avec des forces spirituelles cachées comme s'il s'agissait d'une autre source de protection. La prière et les moyens créés sont indissociables. La prière et la sorcellerie sont diamétralement opposées.