Lorsque Jésus a dit à Nicodème qu'il fallait « naître » pour voir le royaume de Dieu, la réaction du pharisien a souvent été expliquée comme un malentendu linguistique, comme s'il avait confondu le mot grec anōthen (« d'en haut » / « à nouveau »). Mais si Jésus et Nicodème parlaient en réalité en araméen, cette explication ne tient pas, car l'expression araméenne n'a qu'un seul sens clair. Peut-être que la perplexité de Nicodème ne réside pas dans un jeu de mots, mais dans le concept même de naissance.
La naissance implique toujours l'enfance. Aucun adulte n'est jamais « né ». Naître signifie recommencer à zéro dans la phase la plus dépendante et la plus vulnérable de la vie. Cela seul semblait impossible à Nicodème, un homme âgé et un enseignant respecté. Comment un homme adulte pouvait-il redevenir un enfant ? Sa réponse ne concerne pas seulement la logistique physique — retourner dans le ventre de sa mère — mais aussi l'absurdité existentielle d'appliquer la « naissance » à l'âge adulte.
C'est là que réside le défi le plus profond. « Naître d'en haut » signifie entrer dans le Royaume comme un enfant, car le Royaume des cieux est le Royaume des enfants. Jésus lui-même a enseigné ailleurs : « Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Matthieu 18:3). Cette enfance n'est pas de l'immaturité, mais de la dépendance : ouverture, humilité, confiance. C'est l'attitude de ceux qui reçoivent tout de Dieu.
Pour Nicodème, un leader érudit et établi, cela constituait une pierre d'achoppement. Les intellectuels et les adultes résistent à l'idée de renoncer à leur autonomie. Nous préférons prendre les choses en main, vivre comme des « adultes » qui contrôlent leur destin. Redevenir enfant semble être une régression, une faiblesse, voire une humiliation. Et pourtant, Jésus insiste : si vous n'êtes pas prêt à renaître en tant qu'enfant de Dieu, vous ne pouvez pas entrer dans son Royaume.
Le contraste ne pourrait être plus frappant lorsque l'on considère l'enfer. Si le ciel est le royaume des enfants — dépendance totale envers le Père —, alors l'enfer est le lieu de l'autonomie absolue. C'est là que les humains insistent pour avoir le contrôle total, indépendamment de Dieu, même au prix de leur propre ruine. L'enfer est le royaume de « l'adulte qui s'est fait tout seul », qui s'accroche à son indépendance, aussi destructrice soit-elle.
L'histoire offre d'innombrables exemples. L'humanité a découvert la radioactivité et l'a exploitée pour produire de l'énergie, acquérant ainsi un sentiment de maîtrise sur la création. Mais contrairement à Dieu, qui crée et soutient parfaitement, la maîtrise humaine est fragile et imparfaite. La même indépendance qui a permis de construire des centrales nucléaires a également provoqué des fusions — de véritables « enfers vivants » pour les personnes touchées. En ce sens, l'enfer n'est pas le feu que Dieu nous envoie, mais les flammes de notre propre volonté, notre insistance à nous gouverner nous-mêmes en dehors de Dieu.
C'est pourquoi Nicodème a eu du mal à comprendre. L'enseignement de Jésus sur la renaissance n'était pas un casse-tête lexical, mais une exigence de transformation : renoncer à la fierté et au pouvoir des adultes, pour revenir à la vie comme un enfant totalement dépendant de Dieu. Pour certains, cet abandon ressemble à une perte. En réalité, c'est le seul moyen d'obtenir la vie éternelle.