Dieu le Père ne peut être surpris. Rien dans la création ne peut Lui révéler ce qu'Il ne savait déjà. Aucune décision humaine, aucun acte de loyauté, aucune trahison, aucune victoire ne peut accroître Sa connaissance. Le monde n'est pas une expérience menée au profit d'un Dieu ignorant.
Le Logos entretient une relation très différente avec ce qui se passe au sein de la création.
Sa joie ne provient pas de l'apprentissage, mais de la découverte de ce qu'Il désirait découvrir.
Cette distinction est simple, mais essentielle. Il y a une différence entre savoir qu'une personne est juste et voir cette justice se manifester au moment précis où elle compte. Le Père possède la connaissance parfaite. Le Logos recherche la rencontre.
C'est pourquoi l'attitude du Logos peut ressembler davantage à celle d'un enfant qu'à celle d'un souverain omnipotent. Un enfant peut désirer ardemment quelque chose et se réjouir sans retenue lorsque cela se produit. Sa joie n'est pas intellectuelle. Ce n'est pas la satisfaction d'obtenir une information auparavant inaccessible, mais le plaisir immédiat de recevoir ce qui était désiré.
Le Logos peut posséder toute l'intelligence qui lui est propre et pourtant refuser délibérément de se contenter d'observer passivement la création, un résultat déjà inscrit dans sa conscience. Si la prescience risque d'altérer l'authenticité de la rencontre, il peut s'en abstenir. Il n'a pas besoin de perdre toute intelligence. Il lui suffit de choisir de ne pas aborder l'événement en connaissant son issue.
Alors, le moment décisif devient réel pour lui.
Une personne est sous pression. La trahison devient possible. La peur devient justifiée. L'intérêt personnel offre une voie plus facile. Et le Logos observe.
Alors, la personne reste fidèle.
La joie qui s'ensuit n'est pas : « Maintenant, j'ai compris à qui elle ressemble. »
Ni : « Une possibilité est devenue réalité. »
C'est simplement la joie d'avoir trouvé ce qu'elle désirait ardemment.
Ceci explique aussi pourquoi des conditions difficiles peuvent exister sans que la souffrance elle-même soit souhaitable. Le Logos n'a pas besoin de la blessure. Il désire la loyauté qui peut se manifester tant que la blessure est possible. Il n'aime pas le danger. Il aime le courage. Il n'aime pas la trahison. Il aime celui qui refuse de trahir. Il n'aime pas l'injustice. Il se réjouit lorsqu'une personne demeure juste, même entourée d'injustice.
Cette distinction est importante, car autrement, la souffrance pourrait trop facilement devenir sacrée en elle-même. Elle n'est pas sacrée. La douleur n'a rien de beau en soi, du simple fait qu'elle fasse mal. La beauté réside dans ce qui peut émerger chez celui qui la traverse.
Le Logos n'a donc aucune raison de préserver la souffrance une fois son origine passée.
C'est là que la Relocalisation trouve naturellement sa place.
Le contexte difficile peut disparaître complètement. La personne n'a pas à rester prisonnière à jamais de la réalité de l'épreuve simplement parce qu'un événement beau s'y est produit. L'épreuve peut être levée. La blessure peut être réparée. L'événement terrible peut cesser d'appartenir à la réalité vécue par la personne.
Mais la joie du Logos n'en devient pas moins réelle.
Il a vu ce qu'il voulait voir.
La personne dont il espérait la loyauté est restée fidèle.
La souffrance n'est plus exigée.
Cela explique aussi pourquoi le monde parfait ne peut pas simplement remplacer chaque aspect du monde actuel dès le départ. Le Ciel peut contenir l'amour, l'amitié, la générosité et le bonheur dans une plénitude incommensurable. Mais certaines choses ne peuvent être perçues que là où leur contraire est possible. La loyauté se manifeste là où l'abandon est possible. La miséricorde se manifeste là où la rancune peut être entretenue. Le courage se manifeste là où la peur a une force réelle.
Le Logos n'a pas besoin du mal comme caractéristique permanente de la réalité. Il n'a pas besoin d'un théâtre éternel de souffrance. Il désire seulement la possibilité de rencontrer certaines formes de bonté dans leur pleine objectivité.
Une fois qu'elles sont apparues, le contexte peut disparaître.
Le Père n'a besoin de rien de tout cela pour connaître qui que ce soit. Il sait déjà parfaitement.
Le Logos veut autre chose.
Il veut regarder.
Il veut espérer.
Il veut trouver.
Et lorsque, au milieu de tout ce qui aurait pu se passer autrement, une personne choisit encore ce qui est beau, le Logos reçoit exactement ce qu'il cherchait.
Pas d'information.
Pas de preuve.
Pas de confirmation philosophique.
La joie.